L'HISTOIRE DE LA MAISON VERTE

La Maison Verte a ouvert ses portes le 6 janvier 1979 à Paris dans le 15ème arrondissement, dans une boutique qui donnait sur une petite place de quartier. Il s'agit, depuis lors, d'offrir un lieu ouvert sur la cité où le jeune enfant, âgé de quelques jours à 3 ans révolus, et ses parents, peuvent venir quand ils le désirent, sans rendez-vous. Un lieu convivial et accueillant où le lien social, si nécessaire aux êtres humains, est reconnu comme essentiel à la santé psychique des enfants comme des parents.

A la Maison Verte, les accueillants se rendent disponibles, attentifs aux multiples questions que posent les tout-petits, qu’elles se révèlent au travers de leurs mots, du langage corporel ou de leurs actes. Les accueillants sont aussi à l’écoute des interrogations qui surgissent naturellement chez tout nouveau parent, spécifiquement dans ce moment où l'arrivée d'un enfant modifie l'économie psychique et mobilise la mémoire d'enfance de chacun.

Françoise Dolto, Pierre Benoit, Colette Langignon, Marie-Hélène Malandrin, Marie-Noëlle Rebois et Bernard This, tous professionnels des métiers de la petite enfance, élaborent à l’époque le fonctionnement de la Maison Verte avec ses règles, sa légèreté institutionnelle et sa charte de vie quotidienne qui lie les enfants, les parents et l'équipe.

 

Après deux ans de réflexion et d'élaboration, cette équipe met en place un dispositif pensé avant tout pour l'enfant avec un cadre de fonctionnement particulier qui fonde une pratique innovante auprès de l’enfant dans ses premières années et de ses parents.

Trois principes soutiennent depuis cet accueil :

La présence d’un ou des parents ou d’un accompagnant responsable.

Une des règles fondamentales est de garantir à l'enfant la présence du parent dans le lieu, laquelle contribue à maintenir la sécurité intérieure du tout-petit et de son parent. La présence de l'adulte tutélaire soutient entre autres le nécessaire cheminement vers une séparation à venir (crèche, assistante maternelle, école). En effet, respecter un temps durant lequel un enfant peut rencontrer ses pairs sans perdre le lien à ceux qui assurent son identité et sa sécurité affective permet que les futures séparations ne soient plus vécues seulement comme une perte, mais comme un gain possible vers l'autonomie au travers de rencontres nouvelles.

 

L'anonymat, seul le prénom de l'enfant est demandé et inscrit.

Chaque enfant est accueilli à la Maison Verte par son prénom, dans son histoire et sa filiation. Le lieu est libre, on n’y vient quand on veut et le temps que l’on souhaite. Il n'y a pas d'inscription, pas de dossier. C'est un accueil administrativement anonyme. Si un médecin, un enseignant, un conjoint séparé, un juge des affaires matrimoniales nous demande si une famille vient bien à la Maison Verte, nous n'y répondons pas.

 

Une participation financière demandée aux parents, qui est laissée à leur appréciation.

Elle est la marque de leur implication dans le lieu. Elle est aussi le signe de leur adhésion à ce dispositif. Par ailleurs, cette participation contribue pour une part non négligeable au budget et au fonctionnement de la Maison Verte.

La Maison Verte repose sur deux idées essentielles :

Offrir à l'enfant et à ses parents un lieu convivial qui favorise les échanges sociaux.

La Maison Verte repose sur l'idée forte d'accompagnement de l'enfant dans un temps (celui des quatre premières années) où il vit des moments de passage. Il s'agit de séparations inhérentes à la dynamique mise en œuvre dans toute maturation humaine. Ainsi, nous proposons à l'enfant et aux parents un lieu où est prise en compte la nécessité structurante de ces temps de passage, tout en reconnaissant que pour l'être humain, la capacité de vivre seul est un long apprentissage fait d'allers-retours entre contacts et séparations.

Ce lieu convivial accompagne la nécessaire prise d'autonomie de l'enfant et pose à travers des règles simples des limites qui l'introduisent à la vie sociale. C'est à travers ces règles que va se jouer la question du permis et du défendu. C'est parfois à travers celles-ci que l'enfant peut manifester ce qui se joue entre lui et ses parents mais aussi venir poser une question qui le concerne. Pour cela, la Maison Verte offre un espace de jeux à l'enfant, où il trouve des centres d'intérêts en réponse à son âge : jeux moteurs avec les camions, les vélos, jeux d'eau et autres jeux classiques.

C'est un lieu où les parents peuvent se détendre, parce que dans ce lieu ils trouvent une sécurité qui peut leur permettre de laisser leur enfant évoluer à sa guise sans crainte qu'il ne lui arrive quelque chose. La référence psychanalytique dans ce dispositif d'accueil au service de l'enfant, dans ce moment de passage entre l'intimité du cercle familial et l'inscription dans le social, est à la base du travail des accueillants.

Prévenir les troubles relationnels précoces.

L'expérience analytique et éducative des fondateurs les amenait à penser qu'il était dommage d'attendre l'apparition de symptômes pour que les parents consultent avec leur enfant. Il leur paraissait préférable d'être présents et de pouvoir intervenir dans le temps où se créent les premiers liens père-mère-enfant et tout au long du développement de l'enfant. En effet, c'est dans ces étapes du développement de l'enfant que sont notamment l'allaitement, le sevrage, la marche, les premières séparations, la naissance d’un puîné, que peuvent se manifester les premiers troubles fonctionnels ou relationnels du petit enfant. Troubles inhérents au devenir humain. À cette époque de la vie, même si le tout-petit ne parle pas, il n'en est pas moins dans le langage qui s'exprime à cet âge, la plupart du temps, par des manifestations corporelles.

Ainsi, le dispositif soutient l'accueil, l'écoute et la socialisation du jeune enfant.

L'accueil et l'écoute sont intimement liés. Parce qu'il n'y est pas question d'observation, ils exigent de prendre le risque d'une rencontre.

Les enfants inventent tous les jours la Maison Verte. Ils l'inventent chaque fois qu'ils espèrent se faire entendre par les adultes qu'ils rencontrent.

Ce dispositif a semblé si nécessaire et pertinent qu'il a suscité de nombreuses initiatives, tout d'abord en France, mais aussi de par le monde et dans d'autres cultures.

Des structures similaires se sont développées en Europe, au Canada, en Amérique Latine, en Israël, en Russie et autres. Chacun de ces autres lieux, qui porte son propre nom, doit penser le dispositif.

Extraits du film de Jean-Michel Carré "Grandir à petits pas" tourné en 2010. 
La petite Maison verte